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D’Annie Hiéronimus, l’on sait très peu de choses. C’est une figure discrète… qui dit malicieusement d’elle qu’elle était un « petit personnage » dans le monde du design. Et pourtant… Unique femme intégrée au bureau d’études Cinna de 1976 à 1996, elle a, en près de vingt ans, créé nombre de sièges novateurs, dont certains sont devenus iconiques. Le Sandra, c’est elle, le Plumy, aussi. Elle nous a fait l’immense plaisir de nous ouvrir les portes de sa maison. Avec elle, nous avons tourné les pages de ses carnets de dessins, et traversé, de l’intérieur, vingt années de création. Rencontre avec une sacrée dame, vive, drôle, créative. Généreuse et incisive aussi. Pas très grande… c’est vrai. Mais personnage… indubitablement !
A.H. Disons qu’il y avait une tradition artistique familiale. Mon grand-oncle était peintre, et son père dessinateur et graveur. Mon père était technicien à la radio, mais réalisait de petites figurines en étain émaillé. Ma grand-mère était actrice de théâtre et musicienne. J’avais moi-même quelques aptitudes… J’ai fréquenté l’atelier des moins de 15 ans du Louvre. Après le bac, je suis allée un an au cours maître de Penninghen, mais j’ai détesté. Et puis en 1972, je suis entrée aux Arts appliqués, rue Olivier de Serre, et là… j’ai adoré. C’était merveilleux. Des professionnels nous enseignaient leur métier: le vitrail, le staff, etc. Mon oncle, Alain Hiéronimus, enseignait la couleur, et Robert Wogensky, la tapisserie. C’était une formation artistique et technique, nous avions des tas d’ateliers, une ouverture d’esprit formidable. Nous n’avions pas de gestes automatiques, ne prenions pas de “poses”. Notre dessin avait un sens, un but. Et nous savions nous adapter. Donc quand je suis arrivée chez Cinna, et qu’on m’a demandé de dessiner des fauteuils… Eh bien je me suis adaptée au mot fauteuil.
A.H. J’avais mon diplôme des métiers d’art en poche, précisément, un BTS de plasticien surface. Super! Mais il fallait quand même trouver du travail. Et puis un jour, je dégote dans le journal l’Express une petite annonce de l’entreprise Cinna qui cherchait un dessinateur-créateur pour son bureau d’études. J’ai postulé sans réfléchir. Quand je suis arrivée, Michel Ducaroy, qui était le plus ancien du bureau d’études (il avait déjà créé le Togo pour Ligne Roset), m’a fait visiter les ateliers. C’est comme ça que ça commençait : par l’explication de la spécialité des modèles, et du matelassage. Puis on m’a installée au bureau avec mes feuilles et mes feutres. Et là on m’a demandé de dessiner un fauteuil [sourire, ndlr]. Comme ça, de but en blanc! J’ai toujours eu un esprit géométrique, ça tombait bien! Je l’ai mis au service de ma sensibilité d’artiste.
A.H. Le Sandra, c’était d’abord une pivoine. Et puis j’ai commencé à réfléchir de la manière dont je l’avais appris à Olivier de Serre, c’est à dire en m’adaptant au sujet : un fauteuil, s’asseoir, du confort. Ne rien faire de gratuit. Dès les premières esquisses, j’ai voulu jouer avec la géométrie du matelassage, en essayant de m’éloigner au maximum de l’influence du Togo. J’ai commencé les recherches en mars 1977. Et puis à force de dessiner, j’ai trouvé le truc : jouer sur des lignes de matelassage horizontales et verticales, pour créer un nid douillet. J’ai imaginé des nappes qui se croisaient pour envelopper le siège. Comme un vêtement. J’ai dessiné les plans, l’atelier prototypes a fait le reste. Les gens de l’atelier proto étaient très inventifs, et d’incroyables techniciens. Je faisais un dessin de présentation à la fin des recherches, je le soumettais à Michel Roset. Si c’était validé, on passait au développement.
A.H. Nous étions assez libres de nos créations. On nous demandait un canapé, un fauteuil, un tout mousse, mais pas que. Du modulaire aussi, ou de grands canapés que l’on appelait à l’époque des “panoramiques”. Bon, je dois dire qu’au bout d’un moment, les panoramiques, j’en avais un peu soupé ! Mais souvent je me suis vraiment amusée. J’ai adoré imaginer le Plumy [1980, ndlr]. Je ne renie aucun de mes enfants, mais celui-là c’est l’un de mes préférés ! Un confort ! Des coussins en plume, dont celui du bas qui se déroule pour faire une repose pied, comme si le meuble tirait la langue. Il y a encore une construction très géométrique des volumes avec des verticales qui sont marquées par les fermetures éclair très visibles. C’est comme ça qu’on le déhousse : on lui enlève sa robe.
A.H. Après on en a fait un lit. Le couvre lit zippé pouvait servir de couette, et les coussins contenaient les oreillers dedans. Même le chevet était en mousse. Je me racontais toujours des histoires en dessin. J’inventais une situation. Je me rappelle du Baba, un canapé lit tout en mousse ! Un matelas plié en deux, une couette dans le polochon. Super simple. J’ai d’ailleurs dormi longtemps dans un Baba. Je l’appelais le sac marin. Il avait un petit côté “Je fous le camp !” Nous n’avions pas d’ordinateur à l’époque. J’avais ma grande table, mes rotrings, mes règles. Je faisais tous les plans. Échelle grandeur. La vue de face, de profil, de dessus, etc. C’était passionnant !
A.H. Oui. Mais je m’en fichais complètement. J’avais mon boulot et j’étais heureuse comme ça. J’étais assez copine avec Ducaroy. Le plus difficile, au fond, c’était que j’étais seule à Briord. J’avais quitté ma famille mes amis, mon compagnon… enfin on ne s’est pas quitté, mais nous vivions une relation à distance. C’est peut-être aussi la raison pour laquelle je me suis tant attachée à faire des meubles réconfortants.
A.H. Oui, mais tout ! L’architecture, l’art, un peu les meubles, et la musique. Michel Roset me disait d’aller chercher des idées. Mais pour moi ça avait peu de sens. J’allais surtout chercher la joie de la création. Copier n’avait aucun intérêt ! J’étais un très petit personnage, timide. Le design était un monde dans lequel je n’étais pas très à l’aise. J’aimais la musique, les arts en général. Et le jeu. Et puis il y avait vraiment ce souci de l’utile. On n’était pas dans le décor, contrairement à aujourd’hui. C’était très flatteur pour moi quand les ouvriers dans l’usine disaient que si
c’était confortable, c’était Hiéronimus. Et ce souci de la fonction n’empêchait pas d’arriver à des choses très jolies, en travaillant les détails.
A.H. Disons que ça n’a pas toujours été facile, mais j’ai quand même eu des moments très heureux. J’ai notamment donné des cours de dessin et de peinture, et poursuivi mon travail de plasticienne. La peinture que je vous offre pour la couverture me ressemble beaucoup : la couleur, la joie de la création, de ce qui est, la force de vie, et en même temps ne pas se prendre au sérieux. Je suis très heureuse que le Sandra et le Plumy retrouvent une seconde vie. Aujourd’hui je dessine encore, j’écris. Et je m’occupe de mon jardin ! Regardez comme il est beau !
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