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Aux effets de style, le designer Noé Duchaufour-Lawrance préfère le design en situation. Une approche par le contexte, pour des objets imaginés comme des propositions, connectées à des savoir-faire précis, locaux, incarnées dans la matière et porteuses d’humanité. La condition, au fond, de la durabilité, de la justesse, dans un monde en transition, parfois incertain. Rencontre.
Propos recueillis par Maëlle Campagnoli
N. D.-L. Je travaillais sur un projet d’hôtel au Maroc, qui, avec la crise de 2008 a été stoppé net, et n’a fi nalement jamais vu le jour. Mais entre temps, j’avais dessiné un fauteuil tout en rondeur, inspiré des poufs aux motifs géométriques typiques de la région, destiné aux chambres et aux espaces communs. Nous avions besoin d’un fabricant pour le réaliser, et Cinna s’était positionnée. Michel Roset avait tout de suite été intéressé par le modèle, et a décidé de l’intégrer à la collection. À cette époque, mon temps était presqu’intégralement consacré à l’architecture intérieure. Même si mon rêve, mon envie et ma formation, c’était de faire des meubles. J’étais ravi !
N. D.-L C’est ça ! Le principe originel du design consistait à déformer le pouf traditionnel qui m’avait inspiré, en poussant les points vers le haut pour créer un dossier, et ainsi donner un volume riche au siège, notamment grâce aux jeux de coutures. Mais le modèle a vraiment pris de l’ampleur dans les mains de Cinna. C’est là que le savoir-faire de l’entreprise est essentiel : cette connaissance profonde du confort, non seulement par l’expertise de la mousse, mais aussi (et surtout) par celle du tapissage, du tirage, du revêtement et de la couture. Tout participe à un maintien et un confort optimum. Puis la collection s’est étoffée et nous avons créé un canapé et un pouf. Le dialogue, l’échange avec Cinna a vraiment enrichit le projet. D’ailleurs pour moi le design est un métier de compréhension mutuelle.
N. D.-L. J’ai commencé à travailler dans les années 2000, un moment où l’on avait envie de science-fiction, d’évanescence, d’abstraction, comme si le futur dématérialisé était la beauté, alors qu’aujourd’hui on se rend compte qu’on a besoin de la matière, de force de caractère, d’incarnation, d’humanité. De faire moins, mais mieux. J’aime que les choses durent, vieillissent avec nous. Même si c’est anti économique[sourire, ndlr]. La mode est dangereuse dans notre univers. La fast fashion fait des dégâts monstrueux et il ne faut surtout pas la transposer aumobilier. Après, le design est un métier diffi cile et paradoxal, surtout dans l’époque que nous vivons. Comment se projeter dans un monde incertain, avec la conscience de toutes les problématiques environnementales liées à la surproduction, la fi nitude des ressources, etc. ? Que peut-on apporter, faire ? Ce qui me permet de continuer à tenir le crayon c’est de me dire que je participe à des histoires durables et que je ne suis pas en train de répondre à cette demande de style immédiate, de consommation, parce que c’est tendance.
N. D.-L. Pour moi, le travail avec des artisans d’exception, détenteurs d’une culture, inscrits dans une continuité historique, patrimoniale, à tous les sens du terme, le rapport à la matière, et au dessin, l’équilibre des proportions, la pertinence esthétique sans effets de style est une voie possible. J’ai d’ailleurs moins produit d’objets en grande série ces dernières années. Je me suis beaucoup investi dans le projet Made in Situ que je mène au Portugal, qui est plus une sorte de protocole, de design en situation, qui connecte un territoire, presqu’un terroir, ce qui est au sol, la terre, avec des techniques et des hommes, la main, l’artisan. Je ne dessine rien avant d’avoir mis en relation ces trois éléments. Ceux-ci sont à l’origine du projet. Un design narratif, dont l’objet n’est pas une fi nalité mais l’un des éléments. C’est un projet qui me tient à cœur parce qu’il ancre le design dans une réalité.
I.S. L’Ottoman est ancré dans le sol, il sort du sol, c’est un objet qui évoque une culture, un voyage, quelque chose de complètement humanisé. Je n’ai pour autant jamais imaginé qu’il aurait autant de succès, ni qu’il allait perdurer sans se démoder. J’en suis le premier surpris… et évidemment ravi !
La collection ottoman
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